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FNACA

Le comité départemental de la Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) se réunissait ce matin à Nangis.

Le rôle de l’association est d’agir pour la reconnaissance de la qualité du combattant ; permettre, par une action concertée, d’assurer la sauvegarde des droits matériels et moraux des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie ; renforcer leurs liens de camaraderie et de solidarité ; œuvrer en faveur de la paix, notamment pour la célébration du 19 mars ; assurer la publication de la page départementale du journal ‘L’ancien d’Algérie’ ; gérer le fonds social départemental ainsi que toute initiative sociale…

Michel Billout, maire de la ville, a été invité à prendre la parole ?

« Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je vous souhaite tout d’abord la bienvenue à Nangis. J’espère que les conditions matérielles que nous vous offrons vous permettront des travaux particulièrement fructueux. Je voudrais profiter du temps de parole que vous m’offrez pour partager avec vous quelques réflexions concernant le budget 2020, actuellement à l’étude en commission au parlement.

Avant toutes choses, je voudrais préciser que je continue de regretter la suppression du secrétariat d’Etat aux anciens combattants. Cette décision n’est pas conforme à la place importante que vous occupez dans notre société. Aujourd’hui la réalité est là, les anciens combattants sont devenus un dossier de plus au Ministère des Armées et on continue de faire des économies sur des personnes qui ont tant donné ! La baisse constante du budget depuis plus de dix ans ne permet pas de répondre aux demandes récurrentes des associations d’anciens combattants. Les iniquités et les frustrations persistent. Je le dénonçais lorsque j’étais parlementaire et je n’ai pas changé d’avis. Je  continue de considérer qu’elles peuvent être résolues par des chiffrages actualisés et précis, mais surtout suivis d’une concertation tripartite extrêmement demandée par les associations réunissant le gouvernement, le parlement et les associations d’anciens combattants.

Evidemment, je ne peux que me féliciter de la revalorisation de la pension versée aux harkis, alors forces supplétives de l’armée française lors de la Guerre d’Algérie au budget 2019. Cependant cette revalorisation ne peut cacher les injustices qui persistent dans ce budget et celui en préparation pour 2020. Il faut par exemple travailler à l’urgence d’une concertation sur la prise en charge des pupilles de la Nation dont les parents sont morts pour la France, sur la revalorisation de la pension de base des conjoints survivants des grands invalides de guerre, ou encore les demandes des harkis de souche européenne qui demandent à bénéficier de l’allocation de reconnaissance en dépit du refus réitéré opposé par le Conseil Constitutionnel. Il me faut aussi évoquer l’inquiétude qui plane sur le budget de l’ONAC, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, qui conserve un budget semblable aux années précédentes mais qui se voit confier de plus en plus de missions, comme notamment celle de l’assistance aux victimes de terrorisme.

Je voudrais également évoquer le fait que le statut d’ancien combattant ne soit toujours pas accordé aux militaires français déployés en Algérie entre 1962 et 1964. Comment peut-on imaginer que celui qui est arrivé le 1er juillet 1962 peut obtenir la carte du combattant, alors que celui qui est arrivé le 3 juillet 1962 ne le peut pas, alors que ces deux militaires se trouvaient dans le même peloton et y ont effectué ensemble, les mêmes missions, les mêmes jours, aux mêmes horaires ? L’excuse que la guerre aurait pris fin le 2 juillet 1962, n’est pas acceptable.

Je voudrais également aborder avec vous le sujet des psycho-traumatismes et des psycho-traumatismes différés. Ces milliers de combattants et d’anciens combattants qui ont survécu et qui vivent très difficilement. Aujourd’hui aucune structure de proximité, aucun expert ne sont prévus pour prendre en charge les blessures psychologiques. Il y a urgence à avancer sur ce sujet car, malheureusement les OPEX en cours continuent de produire des morts, des blessés et des psycho-traumatismes.

Enfin, j’aurais un mot pour les veuves qui ont eu la douleur mais apparemment aussi le tort de perdre leur mari avant que celui-ci atteigne l’âge de 74 ans et qui sont ainsi privées de la demi part fiscale… Cette décision est une double peine. Mais aussi les veuves de « Grands invalides », qui du fait de l’état de dépendance de leur époux, les ont conduit à se consacrer à eux en permanence au détriment d’une carrière professionnelle et qui au décès de ces derniers, n’ont pu bénéficier que d’une très modeste pension de réversion. Face à cette situation, l’Etat a le devoir d’agir pour qu’il n’y ait aucun oublié de la République.

En l’état le Projet de loi de Finances 2020 va creuser d’avantage les inégalités car la baisse du budget des anciens combattants, comme l’année dernière,  s’accompagne aussi  de la baisse des APL et de la hausse brutale de la CSG, des dispositions qui impactent durement les retraités et, parmi eux, les retraités victimes de la guerre. Quelques exemples issus des bleus budgétaires actuellement à l’étude au parlement : 8,5 % d’autorisations d’engagement budgétaire de baisse entre 2019 et 2020. Pourtant, sur le site du ministère des Armées, on vante un « accompagnement des anciens combattants maintenu. » 2,1 milliards d’euros (pour 2,4 millions de bénéficiaires) au lieu de 2, 3 milliards en 2019. C’est donc un « maintien » en baisse de 200 millions. Si on entre dans le détail, c’est -31 % pour les actions relevant de la politique de mémoire, -6,62 % pour la gestion des droits liés aux pensions militaires d’invalidité, -7,81%  pour la reconnaissance et la réparation en faveur du monde combattant, -12,74 %  pour les liens entre la Nation et son armée et -20,55% pour l’indemnisation des orphelins de la déportation et des victimes de spoliations du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’occupation. Ce n’est pas acceptable et je vous sais très mobilisés contre cette proposition de budget.

Comme je vous sais toujours très actifs pour que s’accomplissent l’indispensable devoir de mémoire et le développement de la recherche historique afin d’aboutir à un monde sans guerre, un monde de paix durable. Je tiens tout particulièrement à vous en remercier et à vous en féliciter. Hélas, cette exigence de paix n’est guère partagée par les puissants de ce monde et ce qui se passe actuellement en Syrie où l’armée turque, ou plutôt ses supplétifs,  massacre celles et ceux qui se sont dressés avec le plus de courage et d’efficacité contre Daech. La guerre contre les Kurdes encouragée par la passivité des puissances occidentales est une tragédie de plus dans cette partie du globe que toute la planète paiera au prix fort, tôt ou tard. Voilà, chers amis, les quelques éléments que je souhaitais évoquer avec vous. Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite encore une fois des travaux  particulièrement fructueux.« 

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